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 Et au delà coule une rivière... [Sigyn]

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MessageSujet: Et au delà coule une rivière... [Sigyn]   Lun 26 Aoû - 15:10


    Je ne me souviens pas même du Ciel, comment voudrais tu que je me rappelle des étoiles.»

Il n'y avait pas de colère dans la voix de la Déité pourtant son père avait serré les poings alors qu'une tension imperceptible aux communs des immortels s'exerçait au niveau de ses maxillaires et Hel avait aussitôt regretté ses mots.

    Ils paieront Hel, je te le promets. »

Hel n'avait rien répondu à cela et les mots s'étaient perdus entre les murs de son palais. Ils avaient partagé le silence un long moment avant que Loki ne se lève et quitte le monde inférieur, laissant la Déité seule sur son trône. Elle se souvenait avoir pris appui sur les accoudoirs de pierre pour se lever, sa main gauche emettant un craquement sinistre sous l'effort avant de descendre les quelques escaliers qui la séparaient de la grande salle et de se diriger vers une large terrasse où deux silhouettes spectrales montaient la garde. Pas de crépuscule mêlant le pourpre et le mordoré ici bas, pas de ciel au bleu céruléen rien qu'une immensité ténébreuse percée ici ou là bas par des torches qui consumaient le peu d'air qui circulait en ces lieux. Pourtant ce n'était pas les parois de roches saillantes qui firent résonner la promesse de son père dans son esprit.
La vengeance était-elle la voie ? Odin méritait-il la fin que serait le Ragnarök ? En y aurait-il un d'ailleurs où était-ce la prévision erronée d'une Volvä quelconque. En tout cas, cette simple prophétie avait suffit à condamner Loki et sa descendance jusqu'au Crépuscule des Dieux. Odin avait-il eu tort de protéger les siens en vue des méfaits de Loki ? N'y avait-il aucun chemin vers la rédemption pour son père ?
Hel s'était accoutumée à sa vie au fil du temps, avait tissé des liens avec les Valkyries, les défunts, trouvant même un époux pour finalement oublier la promesse que lui avait fait Loki. Hel se moquait désormais des Asgardiens et de leur intrigue, elle était prête à pardonner.... Lui ne l'était pas.
Puis tout avait pris fin.

De Helheim elle fut propulsée sur Néméïl. Elle troqua son corps a moitié décharné pour un plein de vie, elle troqua les souterrains pour le soleil et la nature, elle troqua la mort pour la vie... Elle troqua  son monde, sa famille pour la tristesse et la solitude. En un instant, elle avait tout perdu, se retrouvant confrontée de nouveaux aux Asgardiens, à des dieux de mythologies étrangères dont elle se moquait complètement en se retrouvant sur cette maudite île.
Elle détestait se morfondre, rejetant ceux qui lui tendaient la main, le cachant derrière toute la rancœur dont elle était capable envers les humains mais force était de constater que ses journées étaient longues et vides de sens. Pendant que les autres divinités se complaisaient en intrigue, comptaient fleurette ou tout simplement parler de tout et de rien, Hel était spectatrice de sa tragédie, celle dans laquelle elle s'enfermait seule. Si elle avait le courage de relever la tête, elle se serait rendue compte que malgré son humeur massacrante, Hel avait assisté à un rapprochement avec des personnes dont elle n'aurait jamais imaginé ne serait-ce que l'existence, d'autres mythologies parfois, et qui se préoccupaient un temps soit peu d'elle mais tant qu'Hel n'aurait pas enterré ses démons elle savait qu'elle ne pourrait se réinvestir, se battre pour reforger une nouvelle existence et la haine, la colère, la douleur étaient trop présentes pour que cela arrive sous peu.

La nuit était tombée sur Néméïl et Hel s'était dirigée vers le quartier neutre pour rejoindre le lac. Pas de rivière séparant le monde des morts et des vivants ici, mais la grande étendue d'eaux apaisait un peu son esprit torturé. Seulement éclairé par un croissant de lune, le lac offrait à la Déité une immensité sombre et silencieuse qu'elle rejoignit en quelque pas. Abandonnant ses bottes, laissant glisser sa robe sombre à terre, elle pénétra dans l’élément aqueux qui lui arracha un frisson. Enfoncée jusqu'à la taille, sa longue chevelure d'ébène fleurant l'eau, elle se retourna brusquement lorsqu'elle entendit le craquement sonore d'une branche derrière elle. Faisant volt-face, la déité était prête à exercer son pouvoir voir même impatiente de voir l’intrus la supplier de l'épargner lors de ses futures assauts mais la personne qui se dressait devant elle sur la berge n'était pas de la catégorie de ses victimes. Hel resta un instant figée, contemplant l'apparition avant d'articuler difficilement.

    ▬  Sigyn ? »

Celle-ci ne s'estompant pas dans la nuit à ses mots, la Déesse des Morts en déduisit que ce n'était pas une illusion. Prenant une profonde inspiration, elle plongea son regard dans celui de l'épouse de son père avant de prononcer la question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée sur Néméïl.

    Il est ici aussi n'est-ce pas ? »

Pour une raison étrange, Sigyn avait toujours été fidèle à son père, honorant des vœux que ce dernier avait obtenu par ruse - pour ne pas changer -, subissant le courroux des Dieux alors qu'elle aurait pu se défaire de lui pour y échapper. Lors de l'Exil, elle devait être à ses côtés et dans la même logique savoir où il se trouvait. Si Loki n'avait pas lui aussi été transporté ici et avait été perdu comme certains autres... Hel sentit son cœur se serrer, comme si des ronces enserraient ce dernier pour y planter ses épines. Vite Sigyn, je t'en prie...
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MessageSujet: Re: Et au delà coule une rivière... [Sigyn]   Lun 26 Aoû - 23:39


Encore une de ces nuits sombres, une de plus durant lesquelles la déesse ne parvenait à penser à rien d'autre qu'à la peine immense qui était sienne, à la douleur lancinante et éternellement présente en son sein, celle qui lui rappelait la perte douloureuse de ses fils et le carnage qui l'avait causée. Encore une de ces nuits où elle ne parvenait pas à trouver le sommeil, son esprit plein de ces images terribles qui défilaient derrière ses yeux clos. Allongée dans son lit, la scandinave avait tenté de laisser passer, priant pour que son esprit s'apaise et qu'elle puisse enfin s'endormir. Mais rien n'y avait fait et elle s'était retournée encore et toujours, des dizaines de fois entre ses draps, cherchant de sa main le corps de son époux encore absent ce soir là, sans doute entrain de comploter avec ses alliés. Alliés qu'il n'hésiterait pas à trahir une fois parvenu à son but, Sigyn en était certaine. Elle aurait eu tant besoin de lui, là. Besoin de le sentir contre elle, présence réconfortante d'un époux qu'elle espérait aimant. Un époux qui ne montrait que trop peu ses sentiments au vu de la déesse. Pour son plus grand malheur. Alors, après ce qui lui avait semblé une éternité de souffrances, Sigyn s'était résolue à quitter ses draps pour sortir au grand air, espérant que sentir le froid dans la nuit sur sa peau l'apaiserait, comme l'air glacial d'Asgard avait le don de le faire, autrefois. Enfilant une de ses longues robes de soie pourpre, recouvrant ses bras nus d'un châle noir et glissant ses pieds dans des ballerines toutes aussi sombres, elle sortit enfin, non sans jeter un regard vers le salon, espérant au fond d'elle y voir Loki, rentré et plongé dans ses pensées comme souvent. Mais toujours aucune présence de l'être aimé, aucun signe de vie depuis de trop nombreuses heures. Une fois encore, la brune s'inquiéta, comme elle le faisait toujours. Elle soupira et passa alors la porte qu'elle referma derrière elle, comme une métaphore de ce rideau tombant sur ses pensées, sur cette peine qu'elle désirait oublier. Marchant plusieurs minutes durant, elle avançait sans n'avoir aucune idée de lieu précis, laissant ses pas la guider là où ils le désiraient. Ce fut finalement en territoire neutre, face au grand lac qu'elle aimait contempler parfois qu'elle se retrouva. Avançant encore, elle vit une silhouette se détacher dans l'eau, éclairée par la faible lumière de l'astre nocturne. Intriguée, se demandant qui pouvait bien se baigner à cette heure-ci, la nordique avança encore, faisant soudainement craquer une branche sous ses pieds et se retourner la baigneuse. Alors, la déesse reconnut celle qui n'était nul autre que sa belle fille : Hel. Une personne avec qui elle n'avait jamais eu vraiment de lien. Ni haine profonde, ni grand amour. Mais tout de même une volonté de rapprochement, elle qui savait la situation de la jeune femme difficile. Après tout, quiconque appartenait à la famille de Loki ne pouvait que souffrir, à un moment ou un autre. Et toujours - du moins, de ce qu'elle en savait - les personnes restaient auprès de ce dieu fourbe, comme elle était restée. Alors qu'elle s'apprêtait à parler, la déesse fut coupée par sa belle fille qui l'interpella, comme doutant de la véracité de sa présence. A vrai dire, Sigyn aussi avait du mal à croire que sa belle fille était bien là, ne l'ayant pas encore vu depuis l'exil. S'avançant encore, elle croisa le regard de la brune et lui adressa un sourire amical, presque maternel avant de répondre à son interrogation, sentant dans la voix de la déesse des Mort une réelle impatience. Depuis combien de temps se posait-elle cette question sans n'y trouver jamais aucune réponse ?

- Oui. Souffla-t-elle. Oui, il est là.

Et heureusement ! Sigyn n'aurait pu imaginer devoir vivre son exil seule. Pourtant, c'était ce que semblait faire Hel. Pauvre jeune femme ! Prise d'une réelle empathie pour sa belle fille, la déesse de la Fidélité lui sourit encore, se voulant réconfortante envers celle dont la peine emplissait le coeur de la brune. Usant de son pouvoir pour lui insuffler du calme et de la sérénité, Sigyn se délesta de ses chaussures et de son châle avant d'entrer dans l'eau, le tissu fin de sa robe venant coller contre la peau pâle de ses jambes. S'approchant plus encore, l'épouse de Loki tendit la main en direction de la fille de son époux, posant finalement cette dernière sur son épaule. Alors, elle posa cette question dont elle redoutait déjà la réponse...

- Tu es seule ici ?


Dernière édition par Sigyn le Sam 31 Aoû - 1:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Et au delà coule une rivière... [Sigyn]   Mar 27 Aoû - 20:35

Son père avait donc survécu. Hel inspira lentement pour remplir ses poumons d'air, alors qu'elle était restée figée dans l'attente de la réponse. Hel se demanda ce qui était pire, qu'il n'est pas même essayé de la contacter -elle en était sûre, sinon il aurait réussi-  ou qu'elle se soit inquiétée pendant des mois sans aucune raison puisque ce dernier semblait se porter comme un charme. La colère grondait en elle et elle se retint de demander à Sigyn où le trouver pour qu'elle aille lui en coller une dans l'instant. Le fait qu'il l'ait évitée pour la protéger lui traversa un instant l'esprit, mais il était beaucoup plus facile pour Hel de se mettre hors d'elle, elle souffrait depuis bien trop longtemps en ses terres et il lui fallait un exécutoire. Sa poitrine s'était mise à se soulever plus rapidement au rythme d'un cœur qui allait exploser dans sa poitrine, les larmes de rage manquèrent de lui monter aux yeux à la pensée qu'il l'ait ainsi ignorée mais elle les refoula, il ne méritait pas qu'on pleure pour lui.
Puis le calme succéda à la tempête, trop rapidement pour que cela soit naturel. Hel s'apaisa. La brune solitaire interrogea Sigyn du regard et elle eut sa réponse dans celui doux de la Nordique. Hel ne savait pas de quel pouvoir l'épouse de Loki était dotée, mais en cet instant il était le bienvenu et Hel la remercia silencieusement.

A son tour, la Nordique pénétra dans l'eau glacée du lac et un instant Hel admira la grande beauté de la Déité. Avec son teint diaphane qui contrastait presque douloureusement avec ses lourdes boucles d'ébènes et ses yeux d’émeraudes cristallins, Sigyn avait plus que jamais l'air d'une apparition dans les eaux sombres du lac. La question qui franchit ses lèvres lui sembla douloureuse à prononcer, comme s'il lui en coûtait de poser la question tant elle en craignait la réponse. Un rire sans joie résonna dans la nuit noire alors qu'Hel secouait tristement la tête.

    ▬  Ne l'ai-je pas toujours été ? »

Non, bien sur que non. Si sa famille avait volé en éclat, si elle avait été parquée loin de tous les autres pour ne pas nuire aux Asgardiens elle avait trouvé un équilibre dans son monde souterrain. Les morts n'étaient pas la compagnie la plus déplaisante, la plupart étant souvent le reflet de leur vivant et donc des guerriers aux cœurs braves et aimant la fête, la boisson et les jeux. Quant aux autres, les criminels, les voleurs, les damnés, elle n'avait de contact avec eux que lorsqu'il fallait les transporter en  Niflhel. Et puis bien sur, il y avait eu Dyggve qui lui avait offert tout le bonheur dont elle avait eu besoin, l'aidant à mettre de la distance entre elle et les siens même si elle savait qu'elle aurait tout fait pour son père. Hel n'avait pas envie de blesser Sigyn, cette femme qui la connaissait si peu mais qui ne lui voulait que du bien en lui donnant des données erronées. Si la Nordique avait été une autre, Hel aurait rejeté cette main bienveillante, l'envoyant au diable mais elle savait que la femme avait autant souffert qu'elle, si ce n'était plus, d'être au côté de Loki.

    ▬  Ce serait te mentir que de te dire que oui Sigyn. Les dieux ici... sont différents. J'ai fait des rencontres. Quant aux nôtres... »

Quant aux Nordiques... Hel prit une grande inspiration avant de continuer.

    ▬  Comme tu le sais, je n'ai pas eu de nouvelles de Père, ni de mes frères Fenrir et Jormüngand mais j'ai entendu des rumeurs comme quoi Fenrir serait bien parmi nous. Certaines Valkyries se sont manifestées, la plupart semblent avoir survécu à l'exil... Et j'ai revu Thor., elle marqua un arrêt avant de continuer, Il partage avec moi la soif de vengeance envers les Humains  mais sa relation conflictuelle avec Père reste difficile à oublier en sa présence même s'il n'en est pas responsable. Quant à Dyggve ... » »

Sa gorge se serra et elle baissa les yeux voulant cacher à quel point il était douloureux de parler de son époux perdu et elle se contenta de faire signe qu'il n'avait pu la suivre. Hel se sentait ridicule de s’enferrer ainsi dans son désespoir et sa soif de sang alors que Sigyn malgré la perte de ses deux enfants étaient capables de compassion. Hel releva la tête et rajouta à voix basse.

    ▬  J'ai appris pour Narfi et Vali. Je ne les ai pas réellement connu de leur vivant mais je suis sincèrement désolée. »

Qu'est ce que cela changerait au calvaire de Sigyn ? Rien. Il n'y avait pas pire situation que celle qu'elle avait vécue et plus grande cruauté que celle d'Odin dans sa décision de massacrer les fils de Loki pour venger le meurtre de Baldr. Néméïl avait eu l'avantage de mettre fin à cette surenchère de meurtre et de souffrance mais sans doute pas aux manigances de son père le connaissant.

    ▬  Il ne te mérite pas Sigyn et je ne mérite pas non plus ta compassion, tu as bien plus souffert que moi. Nous sommes maudits, destinés depuis notre naissance au Chaos. Tu aurais du le fuir il y a longtemps. »

Quelle hypocrisie de dire cela alors qu'elle-même avait toujours pardonné à son père, reprochant aux autres Asgardiens sa déraison.
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MessageSujet: Re: Et au delà coule une rivière... [Sigyn]   Sam 31 Aoû - 1:35


Sigyn écouta la jeune femme avec attention, sentant son coeur se serrer quand Hel lui rappela la solitude qui avait toujours été sienne.

- Je suis tellement désolée.

Ce furent là les seuls mots qui passèrent ses lèvres. Pas assez ! Jamais assez, la nordique était bien placée pour le savoir. On ne se faisait jamais pleinement à la solitude et elle demeurait éternellement affreusement douloureuse. Une compagne dont personne ne voulait vraiment. Ceux qui disaient la désirer et s'y complaire, Sigyn ne pouvait les croire. Que l'on désire parfois être seul, elle le comprenait. Ca lui été arrivée par moments, surtout quand elle avait perdue ses enfants. Mais que l'on s'y complaise ... L'espace d'un instant, la brune en voulut à Loki. Lui qui lui avait toujours dit que sa fille - sujet qu'il n'abordait toutefois que très peu - était heureuse là-bas, dans le Royaume des Morts. Bien entendu, Sigyn ne l'avait pas véritablement cru. Mais diable pourquoi n'était-elle pas aller la voir avant ? Elle s'en voulait terriblement d'avoir laissé cette jeune femme, celle qui faisait malgré tout partie de sa famille ! Alors que la déesse des Morts reprit la parole, la plus âgée des deux la laissa continuer. Un sourire discret vint éclairer brièvement son visage quand Hel parla d'autres personnes, de rencontres. Elle hocha doucement la tête. Toutefois, à l'inspiration de la déesse, Sigyn sut que la suite n'allait pas être aussi heureuse et réjouissante. Elle savait la situation entre Hel et les autres Asgardiens. Et mieux que tout, elle comprenait la jeune femme et pouvait presque partager les sentiments qui étaient siens. Alors qu'elle parla de Thor, Sigyn baissa les yeux. Son beau frère, elle l'avait croisé une fois ou deux. Mais la relation était quelque peu compliquée, du fait de cette haine entre lui et Loki. Haine qui n'était pas passée bien sur inaperçue aux yeux de la fille de son époux. Mais alors qu'elle prononça le prénom de Dyggve... Le fait que la jeune femme se tut suffit pour faire comprendre à la déesse de la fidélité l'horreur de la situation. Dans un instinct maternel, elle qui était en manque de ses enfants, elle serra un peu plus sa main sur l'épaule de sa belle fille. Elle aurait aimé la prendre contre elle, mais Hel jugerait peut-être cela trop étrange, aussi Sigyn n'essaya pas, préférant laisser le temps à Hel de s'habituer à la présence de celle qu'elle n'avait que trop peu connue.

- Je suis désolée, répéta-t-elle. Je sais que ce n'est pas suffisant, mais voilà ...

Puis, soudain, Hel reprit la parole et le coeur de Sigyn se serra. Narfi. Vali. Entre les prénoms de ses deux fils dans la bouche de la jeune femme ... Alors que Hel lui adressait ses condoléances, Sigyn laissa couler une larme silencieuse le long de a joue, rapidement suivie par d'autres, toujours sans bruit. Laissant tomber sa main le long de son corps, la déesse se sentit trembler comme chaque fois que la pensée de ses enfants lui revenait en mémoire. Ses fils. Dans sa gorge, une désagréable et violente sensation d'amertume vint se loger. Une volonté de vengeance, aussi. Volonté toutefois qu'elle s'était jurée de ne pas passer en actes. Du moins, pas pour le moment. lIl lui fallait s'occuper de Loki avant qu'il ne détruise tout. Elle se l'était jurée. Elle se contenta d'un hochement de tête en direction de la jeune femme qui continua.

- Je l'aime, tu sais ? Répondit-elle. Je sais que j'ai souffert à cause de lui, que je souffre encore. Je sais que Narfi et Vali sont ... Elle déglutit ...morts par sa faute, d'une certaine manière. Mais, je ne l'abandonnerais pas

Etait-elle stupide de s'accrocher ainsi à un homme qui faisait de sa vie un réel enfer, et ce depuis le début ? Sans doute, oui. Mais alors, elle resterait stupide jusqu'à la fin. S'ils devaient se séparer, ce serait le dieu qui mettrait fin à la relation. Certainement pas elle. Jamais. Pinçant ses lèvres, elle essuya vivement ses larmes. Geste inutile puisque d'autres vinrent aussitôt prendre leurs places sur ses joues blanches.

- Mais pour toi, il n'est pas trop tard. Tu peux encore le quitter. Tu peux encore te séparer de lui, vivre ta vie. Je suis sûre que Dyggve est là, quelque part. Tu ne peux pas le perdre lui aussi. Tu as trop perdu, trop souffert. Tu le retrouveras. Cherches le et oublies Loki, je t'en supplies !

Alors, maternelle et ayant besoin de sentir la chaleur d'un membre de sa famille, d'une autre divinité asgardienne, elle serra la jeune femme contre elle. Ses jambes tremblaient encore et Sigyn sut que, quand elle lâcherait la déesse des Morts, elle tomberait à genoux dans l'eau, incapable de se maintenir debout tant la douleur de la perte était grande.
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MessageSujet: Re: Et au delà coule une rivière... [Sigyn]   Sam 7 Sep - 17:47

Désolée ? Hel elle-même l'était-elle vraiment au regard de sa situation avant Néméïl ? Non, plus depuis des millénaires. La Déité avait arrêté de souffrir dans son royaume contrairement à Sigyn qui était restée fidèle à son bourreau, souffrant jour après jour de la perte de ses enfants. La compassion dont était capable Sigyn était du point de vue d'Hel désarmante tant cette femme semblait réellement s'intéresser à son calvaire, à elle, une parfaite inconnue. Hel nota néanmoins que le regard fuyant de Sigyn a l'évocation de Thor et la Déesse des Morts se jura mentalement de l'évoquer plus tard avec la brune épouse. Comme pour elle, sa relation avec le prince d'Asgard avait toujours été hésitante mais depuis Néméïl elle s'était rendu compte que Loki n'avait pas forcément sa place entre eux. Son père avait souffert de la comparaison entre Thor, fier viking aux cheveux d'or et doté d'une force capable de déplacer des montagnes alors que lui était plus fin, compensant par sa stratégie et surtout fils de géants et non d'Asgardiens et Loki avait alors toujours vu en sa fille, cet être qui n'avait d'yeux que pour lui, un réconfort, ce que la Déité s'était refusée de lui enlever en se rapprochant trop de son Oncle. L'exil en Helheim avait suffit à éluder la question du côté de la reine des morts mais celui sur l'île avait fait reparaître ce brasier ardent qu'était la situation de son père et elle n'était plus si sûre de vouloir rejeter son Oncle. Thor était une bonne personne, trop même puisqu'elle le voyait hésitant quant au sort des humains alors qu'Hel les aurait volontiers brûlés sur un bûcher sans la moindre hésitation pour se rappeler à leur bon souvenir. Certains auraient même dit faible d'ailleurs, mais aujourd'hui la Divinité était capable de faire la différence et Thor était tout sauf faible au point qu'elle craignait le courroux de ce dernier si Loki perdurait dans cette voie. Et puis Sigyn continua, ce qui raviva la colère d'Hel, encore et toujours dirigée vers son père.

    ▬  D'une certaine manière ? Crois-tu qu'il ignorait qu'Odin n'allait pas inlassablement supporter ses frasques ? Le meurtre de Baldr était différent de ses mesquineries habituelles Sigyn, il a tué l'un des leurs.»

Elle aurait presque sourit de la tournure si la situation n'était pas aussi tragique. Les « leurs »... S'était-elle un jour considérée comme Asgardienne ? Les larmes de Sigyn tempérèrent un peu son humeur, inutile de s'en prendre à une femme suffisamment ébranlée par son deuil et ce fut plus calme qu'elle continua, pesant ses mots pour ne pas blesser Sigyn.

    ▬  Est-ce tes vœux qui te font rester avec lui ou est-ce réellement par amour ? Si tel est le cas, je ne me permettrais pas de te juger.»

Les derniers mots furent lâcher presque dans un murmure. Comment reprocher à Sigyn de rester avec Loki si ses motivations étaient identiques aux siennes, si elle aussi l'aimait. Aussi différentes qu'étaient les deux Déités, de par leur tempérament, de par leur vécu, elles semblaient portant toutes deux condamnées à souffrir inlassablement de par leur lien respectif avec Loki, l'une liée par alliance, l'autre par le sang.

L'oublier.
Les mots jetaient ainsi, la supplication et la souffrance muette de Sigyn suffirent à lui faire l'effet d'une gifle. Non, elle n'avait effectivement pas perdu Dyggve : Elle s'y refusait. D'autres Dieux grondaient à la révolte, à la vengeance et elle était prête à marcher seule sur les mortels s'il le fallait pour reconquérir sa place et retrouver son amant mais avant Hel devait recoudre des plaies toujours à nues et qui le resterait dans qu'elle n'aurait pas eu gain de cause. Odin devait payer.
Le Père de toute chose était responsable de trop d'écarts pour s'en tirer ainsi et elle voulait de ses yeux voir ce dernier répondre de ses crimes. Mais pas uniquement pour sa vendetta personnelle non, ses frères avaient été condamné au statut de parias, ses demi-frères avaient payé le prix fort et Sigyn avait trop perdu, condamnée à un deuil éternel pour qu'il s'en tire ainsi et contrairement à lui Hel ne s'en prendrait pas à ses proches pour se venger.

    ▬  Tu sais que c'est impossible Sigyn. « Il y a des cicatrices qui saignent encore plus que les plaies elles-mêmes. ». Je ne pourrais pas reconstruire une vie, me reconstruire alors que mon histoire n'est que chaos et ruines. Je retrouverais Dyggve, les hommes paieront leur trahison et je recouvrerai la paix, mais pas avant que justice soit faite»

Hel n'anticipa pas le geste de Sigyn et instinctivement elle rendit son étreinte à l'épouse de son père.  N'était-ce pas ironique qu'habituellement dans les  contes pour enfant la princesse avait pour belle-mère une femme abominable et envieuse alors qu'ici c'était elle, le monstre que l'on utilisait pour faire peur aux bambins la nuit qui avait pour mère adoptive cette femme douce et aimante. En elle une barrière s'effrita, qu'elle avait pourtant mis des années à bâtir à coup de colére et de rage et une larme sillonna sa joie d'albâtre alors qu'elle réalisait la voix tremblante :

    ▬  Je ne peux pas te comprendre Sigyn et je ne comprendrais peut-être jamais tout comme tu ne réalises pas que sans doute rien ne pourra jamais  me séparer de mon Père mais aujourd'hui je peux accepter ton choix. Le nôtre.»

Jusqu'à ce que la mort les sépare pour Sigyn selon le vieil adage, pour Hel ce sera encore au delà...
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