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 les murmures de l'aube ♕ pv. JAN

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MessageSujet: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Lun 17 Juin - 20:18



les murmures de l'aube

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PV. Jan



La migraine s'était atténuée, mais Thaïs était tellement perturbée qu'elle perdait toute notion spatio-temporelle. Ses pieds se mettaient l'un devant l'autre, presque de manière robotique, sans savoir vers quel horizon aller. Sa vue était un peu brouillée, elle voyait double de temps à autre. Mais plus elle avançait, plus elle retrouvait ses esprits. Elle se souvenait avoir vu le jour se lever. C'était magnifique à voir. Alors que le soleil encore orange se réveillait peu à peu, un voile nuageux arborait progressivement un camaieu de bleu et de jeune, s'entremêlant avec harmonie. Les premières lueurs éblouissaient les yeux de la jeune femme, si bien qu'elle les plissa, et qu'elle se mit à profiter de ces quelques minutes de valses colorées et illuminées avant de reprendre la route.

Thaïs retrouvait enfin toute sa raison, et cherchait des repères autour d'elle, n'importe quoi. Elle avait toujours été observatrice, et avait un bon sens de l'orientation, mais là, elle s'avouait vaincu. Elle reconnaissait juste un seul endroit : celui où elle s'était réveillée, près d'un grand arbre. Tout simplement parce qu'elle avait tourné en rond, et qu'elle se retrouvait au point de départ. La jeune femme soupira, posant ses mains sur ses hanches. Elle était énervée, parce qu'elle n'y comprenait plus rien. Elle se pinça même l'avant-bras pour être sûre qu'elle ne dormait pas. Tout ce dont elle se souvenait, c'est qu'elle se trouvait sur les plages du Massachusetts, à se quereller avec l'ex-petit ami de sa meilleure amie. Puis le temps s'était gâté et... ensuite le trou noir. Thaïs s'était réveillée ici. Faisant un tour sur elle-même, elle cherchait un signe de vie, n'importe quoi, tout en balançant quelques injures. Elle perdait patiente, et se demandait ce qu'on avait pu lui faire comme blague. Une idée lui traversa l'esprit : fouiller ses poches, avec un peu de chance, son portable trainait quelque part. Mais vu que les oublis étaient très fréquents chez elle ... Et la chance ne lui souriait définitivement pas puisque la seule chose qu’elle trouvait dans l’une de ses poches était un vieux papier de chewing-gum. « Sinon, ça aurait été trop facile » pensa-t-elle.

La frustration gagnait du terrain, et une certaine colère montait en elle. Et enfin, une lueur d’espoir se présentait. Un peu plus loin sur la plaine, il y avait une silhouette. Elle n’arrivait pas à déterminer si c’était un homme, une femme, un statut ou que sais-je encore. Et pour une raison que Thaïs ignorait encore, elle eut une certaine appréhension, et doutait que l’inconnu ne soit un assassin ou un individu du même type. Ce genre de pensées lui arrive très rarement à l’esprit, mais elle était tellement confuse qu’elle était prête à évaluer n’importe quelle hypothèse (mais pas les plus farfelues non plus). Thaïs était perdue, et nous pouvons comprendre cette phrases dans tous les sens que l’on puisse penser, parce que c’était vraiment le cas.



Dernière édition par Thaïs M. Wade le Dim 23 Juin - 8:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Ven 21 Juin - 15:31

Thaïs &
Sansierge
___________ #1
Dès que le soleil fut assez haut dans le ciel, un chasseur se mit en route. Il avait récupéré son harpon et sa lame dentelée, deux armes de factures différentes, qui correspondaient également à deux temps différents. Tout comme le chasseur, d'ailleurs : derrière sa face lisse de jeune premier se cachait un sauvage qui n'aimait rien mieux de se sentir vivant comme une bête. C'est pourquoi il avait délaissé ses impeccables vêtements pour des peaux de bête qu'il avait lui-même dépecées et dont il avait fait des habits grossiers avec lesquels il sentait l'animal. Mais il cachait sous ses peaux un linge plus délicat, qui n'avait pas été lavé depuis longtemps mais qui rendait son costume bien plus confortable.
Le chasseur n'avait pas encore de proie, aussi marchait-il sans trop se préoccuper de ses pas. Pourtant, il était majestueux comme un fauve, avançant la tête haute et les yeux à demi-fermés, ce demi-sauvage qui ne savait pas où il allait mais qui s'y rendait de façon certaine. Il ne regardait pas autour de lui, sachant que le village avait fermé ses volets depuis plusieurs heures déjà et ne les ouvrirait pas tout de suite. Il n'était pas à sa place dans cet amas de civilisation, paraissant aussi déplacé qu'un déchet abandonné en pleine rue. Mais fier de lui et de sa puissance de bête, il marchait toujours en conquérant.
Son pas se modifia quand il quitta le sol civilisé pour rejoindre la terre. Il se voûta un peu, comme s'il voulait mieux entendre ce qu'il y avait en face de lui. Même sans ouïe sur-développée, il parvenait à entendre le bruit de la vie s'éveillant et, sans s'en rendre compte, il calqua sa respiration sur celles des animaux qu'il croisait. Le chasseur n'y pensait plus ; il ne pensait même plus du tout, concentré dans l'instinct, l'envie de trouver sa proie. Un oiseau chanta, mais il n'y prêta pas attention : celui-ci était trop haut et ne saurait être atteint, sauf par jet de pierre ou par arme à feu, ce qu'un chasseur tel que lui n'utilisait jamais. Un lapin plongea dans son terrier, mais le chasseur ne le regarda pas : il connaissait la sécurité de ces trous de terre et avait de toute façon une trop grande empathie pour cet animal pour le poursuivre sans raison. Une souris fit son apparition sur le sol, mais il ne bougea pas, trop fier pour une bestiole aussi insignifiante. Le chasseur attendait une grosse proie et y passerait sa matinée s'il le fallait.
Finalement, il la vit. Là, à quelques mètres de lui, un grand cerf majestueux secouaient ses bois en tordant délicatement sa tête. L'animal était superbe, un magnifique reflet de la fierté de l'homme... mais il n'avait pas perçu l'arrivée du chasseur. Pas encore. Lorsqu'il huma l'air, il vit l'homme qui le contemplait à quelques pas de lui. Pourtant, il n'en fut pas effrayé, mais ce fut dans sa nature de fuir. Le sourire de chasseur sonna l'hallali.
Il parcourut des lieux et des lieux à la poursuite de l'animal, sans jamais se laisser envahir par une envie de sang. Bloquant toute pensée, il prenait garde à ne pas se laisser distancer, mais il jouait avec la bête et n'aimait pas non être près d'elle. Il préférait lui donner l'impression qu'il n'était pas une menace. Le cerf n'avait pas peur, semblait même jouer avec son poursuivant. Tant que cela durerait, le chasseur aimerait la fuite et ne laisserait rien la perturber. Mais lorsque le cerf serait fatigué, il accélérerait le rythme et planterait son harpon dans la chair de la bête.
Finalement, la bête tituba, rata un pas et son rythme en pâtit. Le chasseur sentit sa respiration s’accélérer. Le temps était venu de frapper. Concentré sur sa chasse, il fit des pas plus rapides, s'approchant de la course d'encore plus près. Il saisit le harpon dans son dos, qu'il arma et pointa vers le cerf. Il savait qu'à cette distance, il ne pouvait pas le rater. Se préparant à un tir parfait, il approcha sa main de l'arme... et trébucha contre la corpulente branche qui lui barrait la route. Il s'étala contre le sol, ayant à peine le temps de dévier le harpon de son corps.

Ce chasseur, c'est moi, et la scène à laquelle vous venez d'assister est le début de cette journée où je fis la connaissance de Thaïs Wade.
Une scène qui aurait pu être banale, je me permets de le dire. Des cerfs, j'en avais embroché des dizaines, et si je n'avais pas gardé tous leurs trophées, je me souvenais de chacun d'entre eux comme un ami avec qui j'aurais passé du bon temps avant de repartir travailler. Ce cerf-là m'avait faussé compagnie à cause de mon manque d'attention, car je perdais toute humanité lorsque je devenais le Chasseur. En me relevant, j'avais les genoux écorchés, les peaux n'ayant pas réussi à protéger ceux-ci, tandis que le coton en dessous était tout déchiré. J'en étais malade de dégoût, mais puisque le cerf s'était éloigné et que je ne le voyais plus, il ne me restait qu'à rentrer au camp prendre un petit déjeuner frugal. Si j'étais déçu par ma chasse, elle m'avait mise en forme, ce qui comptait autant que le trophée.
Sans m'en rendre compte, je m'étais bien éloigné de chez moi : j'étais bien plus proche du quartier neutre que du camp des humains. Cette pensée me découragea quelque peu, car il me restait beaucoup de chemin avant de me sustenter, alors que j'aurais pu me nourrir au quartier si j'avais pensé à emporter une quelconque monnaie d'échange. Je me faisais l'effet d'un imbécile ayant pris sa douche froide hebdomadaire : j'étais bon quelques jours de mauvaise humeur, à moins que je ne fusse capable de rattraper prochainement une telle bête, ce qui restait une proie rare, y compris dans ce lieu enchanté.
Quelques ombres se tenaient sur les bords de ma vision, des personnes ou des choses que j'aurais craint de rencontrer en pleine nuit mais qui, à la lueur du jour, me paraissaient subitement inoffensif. Mon harpon également m'assurait une certaine sécurité : même si l'arme était rudimentaire, puisque je l'avais construite moi-même d'après les rares souvenirs que j'avais des recherches que j'avais effectuées chez Marcel, elle n'en demeurait pas moins impressionnante. La lame dentelée, souvenir de mes pérégrinations sur Terre, m'avait suivie ici. Bien qu'utile, elle était moins massive et demandait plus de précaution pour parvenir au même résultat de grandeur. C'est pourquoi je préférais laisser mon harpon bien visible tandis que ma vraie arme reposait dans ma main, dans l'une des poches de coton où j'avais fourrée celle-ci. J'avais conscience que cela aurait pu passer pour un anachronisme, si nous n'avions été les premiers colons de cette histoire. Sans mes souvenirs de Terre, je crois que mes compagnons et moi aurions été réduits à de simples êtres apportant directement toute une civilisation.
Quelques tiraillements se firent sentir dans ma jambe gauche, et je m'arrêtai quelques instants pour l'inspecter. Mis à part quelques éraflures, elle était en parfait état. En me relevant, c'est là que je constatai qu'une des présences d'arrière plan n'était pas en mouvement. Ou du moins, elle n'avançait pas comme si elle se rendait quelque part, car elle bougeait malgré tout. Ce n'était donc pas un cadavre. Je pris quelques secondes pour l'observer, et mon expression s'assombrit lorsque je compris qu'elle errait dans la plaine. Elle paraissait vraiment perdue, ce qui m'intrigua : je ne reconnaissais pas de silhouette familière, ce qui voulait dire qu'il s'agissait d'une créature ou d'une divinité, mais son comportement était étrange. Ne sachant pas si elle avait besoin d'aide, je me décidai à approcher de l'étonnante silhouette.
Elle se révéla être une jeune femme d'à peu près mon âge, qui n'était pas dans son élément dans les lieux où elle se trouvait. J'étais certain que je ne l'avais jamais vue. Sans me départir de ma méfiance, je m'avançai doucement, pour ne pas lui faire peur ni pour lui donner envie de m'agresser. Cela me donnait le temps d'analyser sa posture, mais tout ce que je pouvais déterminer était qu'elle n'était pas aussi à l'aise que moi dans son environnement.
Quand je fus à une distance raisonnable, je m'arrêtai. Je me disais que le harpon dans mon dos devait lui paraître menaçant, mais je n'osai pas non y porter la main pour le cacher, car elle penserait que je lui voulais du mal. Desserrant la main sur la poignée de mon couteau, je la sortis de la poche afin de la mettre bien en évidence. Puis, d'une voix douce que j'avais eu l'occasion de perfectionner au cours des dîners mondains de mes parents, je m'adressai à elle :
« Êtes-vous perdue, mademoiselle ? Je ne vous ai jamais vu par ici. »
Je m'abstins de dire que je venais régulièrement ici, ce qui expliquait que j'avais la possibilité de faire ce jugement. Je ne voulais pas la regarder trop fixement, non par peur qu'elle me trouvât mal élevée, mais parce que je l'assimilais à un animal craintif qu'il fallait tout d'abord rassurer. Je crus qu'il serait utile de me présenter :
« Je m'appelle Sansierge... j'habite dans le camp, à quelque distance d'ici. Et vous, d'où venez-vous ? »
J'avais envisagé un bref instant de lui donner mon surnom, mais je m'étais dit que ce n'était pas une bonne idée. Le chasseur avait mauvaise presse auprès des êtres pleinement civilisés, et je n'avais pas envie de lui donner l'impression que j'étais un prédateur pour elle. Mon nom devait donc suffire.
Je m'approchai encore doucement. Cette fois-ci, je devais sembler timide, mais cela s'expliquait. Mes pas étaient mesurés, puisque je faisais tout pour éviter une réaction agressive de sa part.
« Vous allez bien ? » fut ma dernière question, posée avec beaucoup de sollicitation et d'inquiétude
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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Dim 23 Juin - 9:35



La silhouette se rapprochait avec prudence. Et Thaïs préférait ne pas faire de gestes brusques : elle ne savait pas sur qui elle pouvait tomber, surtout qu'elle se trouvait dans un endroit qu'elle ne connaissait pas du tout, et qu'il ne semblait pas y avoir d'autres personnes aux alentours, pour venir à l'aide, au cas où. C'est avec donc un simple regard curieux, que la jeune femme regardait cet inconnu se rapprocher d'elle. Celui-ci semblait avoir, de manière approximative son âge. Mais ce n'était pas ce qui la rendait la plus perplexe.

En voyant l'accoutrement du jeune homme, Thaïs y regardait à deux fois. Elle crut avoir fait un saut en arrière dans le temps être revenue à une époque où il y avait encore des sauvageons un peu partout. Peut-être pas un homme de Néandertal non plus, ni un Viking, mais l'idée de son accoutrement s'assimilait avec l'une de ces périodes. Déjà qu'elle avait plongé dans une mer d'incompréhension, voilà qu'elle s'y noyait. Alors, Thaïs eut un effroi soudain, qu'il la prenne pour une ennemie, ou une proie potentielle (le cannibalisme l'avait toujours écoeurée). "C'est quand même pas possible, c'est juste une grosse blague !" pensa-t-elle. Elle fit un pas en arrière, par mesure de prudence, même si trente centimètres n'allait pas la sauver, dans le cas présent. Le dévisageant, elle ne faisait même pas attention qu'il s'était mis à lui parler. Elle cligna des yeux comme si elle revenait à ses esprits. Puis Thaïs le fixait pendant un moment, avant de daigner répondre, ou même réagir. Hésitante, elle bégayait.

"Heu... Oui ... On ... On peut dire ça comme ça"
répondit-elle, ne sachant que trop répondre.

Elle était certes perdue, mais les circonstances lui étaient toujours inconnues, elle se sentait déstabilisée, et inférieure. L'inconnue, en toute apparence, devait savoir où il était. "Peut-être un autochtone" pensa-t-elle. Il semblait pourtant assez social, et se tenait de manière à ce que Thaïs ne sente pas trop mal à l'aise -même si c'était déjà le cas, mais ce n'était pas de sa faute. Ensuite, il se présenta, avec douceur. "Mais pas primitif" s'ajouta-t-elle intérieurement. Bien qu'il fusse plus humain qu'autre chose, pour une raison qu'elle ignorait, Thaïs essayait de l'identifier comme autre. Peut-être à cause de ses vêtements, ou de l'environnement qui l'entourait, elle ne savait plus. Toujours est-il qu'elle commençait à prendre confiance. Et se décida enfin à répondre à sa question. En haussant les épaules, elle dit "Boston". Mais sa voix était hésitante, comme s'il s'agissait d'une question piège.

"Et je m'appelle Thaïs. Et je viens de Boston."
répéta-t-elle.

Maintenant qu'elle avait quelqu'un avec qui parler, elle avait une foule de questions dans sa tête. Des mots qui s'alignaient, et des interrogations prenaient enfin forme. Le dénommé Sansierge s'approchait doucement, sans gestes brusque, et ajouta une question d'usure, de politesse. Bien simple à répondre en général, mais là, Thaïs ne sut que dire.

"A vrai dire, j'sais pas vraiment ... Hier soir, j'étais encore en train de marcher sur la côte avec des amis, puis ... plus rien, le néant total. Et voilà que je me réveille au milieu de nulle part, avec une migraine pas possible, et ... et ..."


Elle voulait parler de son interlocuteur, mais ce n'était peut-être pas la façon la plus polie et raffinée qui soit que de le juger par ses vêtements dès le départ. Hochant la tête, elle finit par ajouter.

"... et c'est franchement bizarre. C'est peut-être une plaisanterie ? Si oui, c'est vraiment de mauvais goût, j'ai des examens à passer dans deux semaines."


Elle n'était plus si loin de la fin de ses études, et ces contrôles là faisaient partie des finalités. Et il fallait qu'il se passe quelque chose d'inattendu à quelque jour de ceux-ci.

"Rassurez-moi, on est quand même toujours aux Etats-Unis, hein ?"


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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Sam 29 Juin - 10:14

Thaïs &
Sansierge
___________ #2
Même si elle commençait à se faire à l'idée que je n'étais pas hostile, elle devait penser que je devais être une sorte de sauvage ou quelque chose comme ça. Ce qui n'était pas totalement faux, si on y réfléchissait bien, puisque je sortais à peine de la chasse. Mais, pour la mettre en confiance, être sauvage n'était pas la meilleure des solutions. Je m'assis donc, enlevai doucement mon immense harpon que je posai dans mon dos, moins pour le camoufler que pour ne pas créer de barrière artificielle entre nous, puis j'ôtai également mes peaux, qui devait lui donner l'impression que j'étais un ours. Sans elles, j'étais plutôt gringalet et je retrouvais une allure parfaitement humaine, même si mes vêtements en coton étaient un peu froissés - mais comme je n'avais pas de fer à repasser...
Thaïs, ainsi qu'elle s'appelait, disait être originaire de Boston, ce qui me surprit un peu. Je ne me souvenais pas de divinité portant ce nom, mais elle devait être d'origine grecque, très certainement. Mais alors, pourquoi disait-elle venir de Boston ? Était-ce une demi-déesse qui, bien qu'ayant des origines grecques, avait vécu aux États-Unis ? Ce devait être l'hypothèse la plus probable, mais je ne comprenais pas pourquoi elle avait préféré se référer à son ancienne demeure plutôt qu'à celle sur Néméïl.
Cependant, je n'eus pas le temps de pousser plus loin mes interrogations que le mystère s'épaissit. Thaïs commença à m'interroger. Elle me raconta ce qu'elle avait fait la veille, me parla d'examen à passer et je commençai à comprendre que cette histoire était très étrange. Mais une chose était sûre : elle avait bel et bien vécu sur Terre et ne comprenait rien à ce qui lui était arrivé. Cependant, je ne savais pas si elle avait été prise d'amnésie ou si elle venait seulement d'arriver sur Néméïl. Je me gardai donc de toute conclusion hâtive, mais lorsqu'elle me demanda si nous étions aux États-Unis, je penchai pour la seconde hypothèse. Si elle avait été amnésique, elle n'aurait certainement pas eu cette réaction face à un paysage qui, après tout, était familier à tous les habitants. J'avais l'impression qu'elle n'était vraiment jamais venue jusqu'ici, et qu'elle découvrait ce monde pour la première fois. C'était troublant.
« Bon sang, c'est l'histoire la plus bizarre que j'aie entendue depuis que je suis ici... » ne pus-je m'empêcher de commenter.
Je jetai quand même un coup d'œil à Thaïs pour tenter de trouver un quelconque signe de démence, mais je n'en trouvai aucun. Elle avait seulement l'air d'une jeune femme égarée qui avait besoin de sérieux conseils. J'allais devoir répondre à ses questions, mais je me rendis alors compte que j'ignorais totalement ce que j'allais pouvoir lui révéler, et surtout, dans quel ordre. Après tout, si elle se croyait encore aux États-Unis, mon accoutrement avait dû lui paraître suspect et il n'était pas à exclure qu'elle me prît pour un fou si je lui déballais tout sans précaution. Je regrettai alors de ne pas avoir eu le temps de soigner mon apparence, car j'étais négligé et cela me dérangeait quand j'avais affaire à de telles situations... Mais après tout, peut-être cela me servirait-il.
« Bon, reprenons depuis le départ, si vous le voulez bien. » dis-je en décidant de m'accroupir, car je ne me sentais pas à l'aise assis - trop vulnérable.
Mais quel départ ? L'arrivée sur Néméïl, qui était le départ logique pour moi, ou le départ de son histoire, qui était la façon dont elle m'avait présenté les choses ? Après quelques instants de réflexion, je m'engageai sur la deuxième piste en me disant que répondre à ses interrogations directes étaient le plus pressant.
« Malheureusement, Thaïs, je doute forte que ce soit une plaisanterie. En revanche, que tout cela vous paraisse bizarre, je n'en doute pas ! Même si cette histoire vous paraît la plus improbable du monde, je dois quand même vous prévenir : c'est vraiment la réalité qui se déroule sous vos yeux. »
Je me stoppai un peu, le temps de lui laisser digérer cette première nouvelle. Je m'étais arrêté juste à temps, car j'aurais pu lui dire qu'il n'y avait malheureusement aucun retour en arrière possible. Mais cela, elle le découvrait bien assez tôt.
« Vous n'êtes pas tombée sur une période préhistorique ou quoi que ce soit, même si j'aime bien revêtir des peaux de bête pour aller chasser. Je ne peux pas vous dire avec certitude ce que vous avez vécu, car je n'ai pas assez d'expérience en la matière, mais il s'est passé bien des choses pendant votre néant. Vous venez de changer complètement de vie et, je suis navré de devoir vous le dire, vous n'aurez pas l'occasion de passer vos examens, ni dans deux semaines ni... enfin, bref, je crois que vous allez devoir rester coincée ici un bon moment. »
Je la surveillai toujours du coin de l'œil, mais pour l'instant, sa réaction ne me paraissait pas dangereuse. Ce fut donc avec prudence que j'entamai la dernière partie de mon exposé, la plus incroyable puisque cela impliquait de ne plus être sur Terre.
« En tout cas, j'aimerais pouvoir vous rassurer et vous dire que nous sommes toujours aux États-Unis, mais ce serait le plus cruel mensonge que je puisse vous faire car... voyez-vous, nous ne sommes plus sur Terre. Nous sommes sur Néméïl, la terre divine, et je crois que vous avez été... exilée... »
Je me tus, le temps de lui laisser prendre conscience de la situation.
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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Dim 30 Juin - 8:43



Ils se dévisageaient l'un l'autre. Si une personne extérieure à la conversation voyait les deux-là, au milieu de nulle part, à se lancer d'étranges regards, à se prendre pour des fous mutuellement. Thaïs en restait bouche bée, et se contentait de faire un air perplexe, en attente de réponses, peut-être. Ses yeux continuaient de contempler ces vêtements composés de fourrure et autres peaux tannées. Jan s'accroupit, ayant la ferme intention de bien vouloir lui expliquer que lui arrivait. Ce ne fut qu'un demi-soulagement, parce que Thaïs ne savait pas vraiment si elle désirait vraiment connaître la vérité. Elle ignorait même encore s'il s'agissait d'un rêve ou d'une quelconque illusion. La jeune femme avait l'esprit encore tellement brouillé.

Et voilà qu'il disait tout à fait le contraire de ce qu'elle voulait entendre. Mais elle mettait sa parole en doute. Thaïs pouvait décider de le croire ou non. C'était la seule personne qu'elle avait croisé aux alentours, et Jan avait certainement deviné que son interlocutrice était perdue, n'ayant aucune notion de ce qui lui arrivait. Ce qui faisait d'elle une personne vulnérable, on pouvait lui raconter n'importe quoi. Fronçant les sourcils, Thaïs s'interrogeait, et attendait davantage de précision. Jan était resté jusqu'ici dans le flou total. Mais il ne tarda pas pour reprendre la parole. Un point était néanmoins rassurant dans cette histoire de fou : elle n'avait pas fait un énorme saut en arrière dans le temps. Jan rebondit sur ce qu'elle avait au préalable, concernant sa vraie vie, comme quoi il lui serait impossible d'y revenir. Agacée, Thaïs lâcha un soupir. Elle était d'humeur irritable, et très impatiente. Ce n'est pas dans ses habitudes de se comporter ainsi, mais comprenez la situation. Comment réagiriez-vous si vous vous réveillez au milieu de nulle part, avec une énorme migraine, et avec comme guide un homme ayant adopté le style de nos ancêtres pour aller chasser ?

Jan ne tarda pas à être plus précis, enfin. Il se mit à évoquer des mots qui l'interpellait. "terre divine", "exilée". Et puis quoi ? Némé... Néméquoi ? Thaïs n'en avait jamais entendu parlé. Elle n'était plus sur Terre ? Comment diable serait-ce possible ? s'interrogea-t-elle, non loin de l'exaspération. La jeune femme restait sans voix, incapable de réagir, car elle ne savait pas comment.

Sa première réaction fut un rire nerveux. Elle passa l'une de ses mains dans ses cheveux pour dégager un peu son visage, et regardait un instant ailleurs. Un rire bien jaune. Thaïs se frottai le visage, et déposa sa main sur sa bouche, détournant le regard de son interlocuteur. Elle se calmait un peu, soupirait encore quelques fois. Cela durait plusieurs minutes, avant qu'elle ne daigne parler.

" Donc, vous êtes en train de me dire, qu'on est sur une île ... qui n'est pas sur Terre. Bien que ce soit impossible, supposons que je veuille vous croire. Si Némé-truc n'est pas sur Terre, sur quelle planète ou monde se trouve-t-elle ?"


Thaïs le disait souvent " Je suis comment St Thomas, je crois ce que je vois." Bien qu'elle soit très cartésienne, très pied-à-terre. Mais elle serait prête à croire en des choses surnaturelles, uniquement si on lui donne des preuves concrètes pour les affirmer. Le ton de la jeune femme allait très progressivement vers l'indignement, sans pour autant devenir agressive.

"Et comment ça, exilée ? De toute mon existence, je n'ai pas souvenir d'avoir commis quelconque crime. Je suis sûrement la plus normale des personnes. Certes, j'ai eu quelques opportunités, mais rien qui était illégal. Alors je ne vois pas pourquoi, si cela reste vrai, je serai ici, au milieu d'une île entièrement sauvage. Ou bien est-ce un scénario pré-inventé ?"



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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Jeu 11 Juil - 14:04

Thaïs &
Sansierge
___________ #3
Je comprenais qu'elle trouve la situation désagréable. Ses gestes l'indiquaient clairement. Je ne pensais pas qu'elle allait m'agresser pour autant, et ce d'autant plus que mon harpon était encore armé et pas totalement invisible derrière moi. Cependant, savait-on jamais ? Les créatures mythologiques étaient toujours plus dangereuses qu'elles n'en n'avaient l'air. Elles prenaient souvent l'air de jeunes femmes timides ou séduisantes dans le but d'attirer leur propre victime - souvent des hommes - dans leurs filets. Méduse, sirènes, déesse... tout pouvait être dangereux pour un homme sans talent comme moi. Seule la méfiance me permettait de m'en sortir et, je devais l'avouer, une petite part de mystère superfétatoire.
Je me tenais donc sur mes gardes en essayant de ne pas avoir une posture trop agressive. Mes deux mains étaient posées à côté de moi sur le sol, mais en même temps, elles étaient assez proches de mon harpon pour que je puisse au moins le brandir si j'en avais besoin. M'en servir, cela dépendait de la rapidité de Thaïs, mais si d'aventure je l'avais sous-estimée, elle m'aurait étranglé avant que je puisse faire le moindre geste. J'étais également légèrement courbé vers l'avant, dans une posture visant à mieux entendre, mais aussi à mieux bondir si le besoin s'en faisait sentir. Et surtout, je ne la quittais pas des yeux, même si je semblais regarder l'arbre derrière elle. Je n'avais pas peur. J'étais seulement sur mes gardes.
Puis son rire éclata la bulle de tension où je m'étais enfermé quand je me rendis compte qu'elle n'était peut-être pas une dissimulatrice. Elle paraissait sérieuse, comme si l'idée d'être à Néméïl avait vraiment quelque chose de perturbant. En la voyant s'agiter pendant mes aveux, je m'étais dit qu'elle voulait m'attirer dans un piège quelconque, mais Thaïs n'était visiblement pas en étant de me piéger, d'une manière ou d'une autre. J'éprouvai un soupçon de pitié pour elle, ainsi que de la culpabilité. En effet, cette pauvre femme avait vraiment l'air perdue, hors de son univers habituel. De plus, j'avais honte d'avoir pensé qu'elle pût être dangereuse pour moi. Mon instinct de chasseur avait tendance à tout considérer comme un risque, alors que ce n'était pas ce dont elle avait besoin.
Comme prévu, elle eut du mal à accepter ce que je lui disais. Cela ne m'étonnait guère, parce qu'à sa place, si j'avais eu une perte de mémoire, je me serais aussi demandé ce qu'était Néméïl. J'aurais peut-être été moins perturbé qu'elle, parce que je me sentais capable de m'adapter à tout milieu, naturel ou non, et que j'étais prêt à visiter le monde entier, et bien au delà. Malgré la déception apportée par cette terre divine, je n'étais pas prêt à m'apitoyer sur mon sort. Je restai donc bien tranquille pendant qu'elle faisait des gestes pour se calmer. À ce moment-là, je détournai vraiment les yeux, ne désirant pas l'indisposer avec une surveillance trop soutenue. J'en profitai donc pour regarder si nous étions seuls. C'était effectivement le cas.
J'attendis aussi qu'elle eut fini de rejeter en bloc ce que je disais avant de reprendre la parole. Elle répétait mes mots pour se donner du courage, je pense, et aussi pour essayer de se convaincre que j'avais tort. Même si je paraissais parfaitement intégré dans ce monde qu'elle ne semblait pas connaître, ce n'était pas tout à fait le cas. En effet, bon nombre d'individus n'aimaient pas comme moi se balader en peau de bête ; quant à mes semblables, ils semblaient tenir à leur confort moderne, ce dont je ne pouvais les blâmer. Tout le monde ne pouvait pas choisir un mode de vie aussi rudimentaire que le mien. Cependant... oui, j'aurais voulu qu'elle eût raison, que je me trompais et que nous étions bien sur Terre. Que toutes les merveilles ainsi que les déceptions de Néméïl ne fussent qu'un rêve particulièrement long et réaliste. Qu'à mon réveil, je fus chez moi, dans les steppes, voire même chez Marcel, qui me laisserait repartir, de toute façon. J'en avais envie, mais j'avais fait un choix irréversible. J'avais le mal du pays.
« Je ne sais pas où Néméïl se trouve exactement, admis-je finalement. Lorsque je m'y suis intéressé, j'ai plutôt recherché les moyens de s'y rendre que tous ces détails pratiques. Vous savez, je ne suis pas du genre à vouloir savoir comment tout fonctionne. Je prends ce que la nature m'offre, en quelque sorte. Comme un chasseur-cueilleur préhistorique, vous voyez ? »
Je n'étais pas certain que ce fût la bonne chose à dire. Après tout, avec une telle comparaison, elle risquait de se croire de retour à la Préhistoire, alors que nous étions bel et bien en 2013 - j'avais toujours eu à cœur la notion du temps qui passe pour ne pas finir fou ou désaxé.
« Cependant, je pense que Néméïl doit être... dans une autre dimension, ou quelque chose dans le genre. Car je ne pense pas que nous soyons sur une autre planète, parcourir l'espace prendrait trop de temps et, aux dernières nouvelles, l'homme n'est pas encore capable de voyager à la vitesse de la lumière. Quant à savoir si c'est un autre monde... honnêtement, je ne sais pas. Je ne vois pas comme le lien entre la Terre et Néméïl aurait pu être fait. C'est pour cela que je pense en termes de dimension. Je ne sais pas ce que ce terme peut bien vouloir dire, mais je crois que c'est le plus proche terme pour désigner cette endroit. »
Je désignai l'étendue autour de nous de la main, à présent que je ne me sentais plus obligé de la tenir contre moi pour prévenir une attaque inattendue.
« Et puis, vous connaissez les hommes, vous savez qu'ils n'ont pas besoin de bonne raison pour faire du mal aux autres. Ici, les dieux, leurs créatures, leurs demi-dieux, ont été exilés. C'est un peu plus généreux que la mort, mais ce n'est pas moins cruel pour autant. Et eux, pourquoi ont-ils été exilés ? Très honnêtement, je ne peux pas vous répondre. Je ne fais pas partie des instigateurs du projet. J'aurais tendance à dire qu'ils étaient trop puissants pour nous, qu'ils nous faisaient peur, et que leur seul crime était d'exister. Je suppose que c'est le vôtre aussi. »
Finalement, je n'étais pas à plaindre, puisque j'étais venu de mon plein-gré. Et puis, j'avais beau être déçu parce que Néméïl n'était pas qu'une terre naturelle, et qu'on y retrouvait beaucoup de divinités plus civilisées que ce que j'aurais souhaité, il y avait ici de véritables miracles et des dieux et déesses qui me correspondaient. Je regrettais seulement le manque de partition entre les différents univers. Les dieux avaient choisi de se regrouper par mythologie, je ne pouvais donc pas y faire grand chose.
« Mais rassurez-vous, Néméïl n'est pas une île sauvage. Vous y trouverez de tout : des personnes qui comme moi aiment le frisson de la nature, et d'autres qui se sentent parfaitement à l'aise dans leur confort moderne. D'ailleurs, même moi, j'ai quand même des costumes, même si j'ai banni tout appareil de ma maisonnette. Il y a de tout, assez pour que vous trouviez votre bonheur. »
En même temps que je prononçais ses paroles, je me rendis compte que je me comportais comme si elle venait juste d'arriver ici. Or, je ne pouvais pas en être certain, car bien que je ne l'eusse encore jamais vue, il était très probable qu'elle fut simplement en proie à une crise d'amnésie. J'aurais donc l'air vraiment ridicule si elle se rappelait de tout subitement.
« Mais au fait, de quelle mythologie venez-vous ? D'après votre nom, il ne me semble pas que vous soyez un personnage très connu, et j'aurais tendance à dire que vous faites partie de ces Grecs rusés qu'on retrouve quelques quartiers plus loin. Mais je peux me tromper. »
Je penchais vraiment pour les Grecs à cause de son nom, mais je savais que je ne pouvais pas complètement m'y fier. Les créatures et les demi-dieux n'avaient pas forcément le physique type de leur mythologie. La seule preuve que j'avais était que Thaïs avait tout d'une occidentale, ce qui ne m'aidait pas beaucoup puisque c'était le cas de la majorité d'entre eux. Je ne pouvais pas vraiment me fier à la couleur de sa peau, assez claire mais pas blanche comme la neige non plus, ni à ses cheveux, qui n'avaient peut-être pas leur teinte naturelle.
Pris d'un doute, je demandai quand même :
« Vous êtes sûre que ça va, Thaïs ? On dirait vraiment que vous venez de débarquer de nulle part. »
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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Lun 22 Juil - 19:29



Trop d'informations d'un coup. Improbables, de surcroît. Mais c'était vrai. Comment est-ce possible d'assimiler et d'accepter une nouvelle réalité, aussi grande que celle-ci ? Alors Jan expliquait qu'il n'aimait pas fouiner dans les détails, et qu'il prenait ce qu'il voulait. Un simple moyen de se faciliter la vie et de ne pas s'embrouiller la tête. Il n'avait pas si tort que ça. Alors il expliquait un peu le pourquoi de sa tenue de mode perdue il y a quelques milliers d'années. Et ça tenait la route. Aussi cela annoncerait-il le début d'une nouvelle ère ? Si Thaïs était vraiment exilée, comme pour repartir à zéro, ça tenait la route. Mais encore fallait-il l'accepter. Jan cherchait Néméil, à l'opposé presque parfait de son interlocutrice. Elle qui n'avait jamais demandé de se détacher de sa très chère vie. Thaïs le regardait avec perplexité lorsqu'il exprimait le désir de trouver cette île.

"Dans quel but voudriez-vous donc chercher une île inconnue de tous, isolée, et sans intérêt particulier ? Qu'a-t-elle de si attractive pour que vous vous adaptiez à un mode de vie pour du moins primitif ? - sans vouloir vous offenser."


Il expliquait ensuite la situation géographique de l'île. On se croirait dans un romand science-fiction, Thaïs n'arrivait définitivement pas à entendre ce qu'on tentait, tant bien que mal, de lui dire. Pour une personne aussi cartésienne qu'elle, supposer que Néméil soit dans une autre dimension lui était impossible. Peut-être la seule dimension probable et celle créée par les trous noirs - on n'a jamais su et ne saura jamais où va tout ce qu'ils absorbent. Puis Thaïs n'avait souvenir d'avoir voyagé dans l'espace ces derniers temps. Ensuite, il commençait à parler de créature mythologiques, oubliées depuis longtemps. Et ils sont censés être exilés aussi, comme elle. Le soucis, c'est qu'elle n'entrait dans aucune de ces catégories, et jamais elle ne serait venue de son plein gré par ici. Thaïs restait silencieuse un moment, tentant d'assimiler l'information. Si elle ne se reconnaissait dans aucun de ces personnages concernés, que faisait-elle donc ici ?

"Excusez-moi, mais vous parlez bien de divinités et autres choses mythologiques, là ? Je suis loin d'être la première des religieuses, ou quoi que ce soit -pour ne pas dire que je n'en suis pas du tout une -, mais là, ça fait peu trop pour moi."


Elle marquait un temps de pause, regardant les alentours.

" Je veux bien croire qu'on soit sur île paumée, bien que j'ai encore un peu de mal avec votre histoire de dimension. Mais sérieusement, de me faire accepter que je peux croiser Zeus ou qui vous voulez dans le même genre, c'est un peu gros, quand même."


Thaïs riait jaune à nouveau, trouvant l'instant un peu comique. Et elle admettait vraiment la probabilité d'être ailleurs, loin de tout. Mais pour le reste, toutes les personnes décentes de ce monde serait du même avis que la jeune femme. Jan parlait alors des différents types de lieu qu'il y avait. Apparemment, il y aurait de la civilisation plus loin. Chez elle ou non, Thaïs ne serait pas contre une bonne douche et d'autres habits. Rêvant de sentir de l'eau chaude couler sur sa peau, elle fut interrompue par une question de son interlocuteur - il avait bien le droit de s'interroger, lui aussi.

"Pardon ?"
rétorqua-t-elle. Elle le regarda avec stupéfaction.
"Je ne fais partie d'aucune mythologie moi. Je n'ai ni fait de miracles, ni d'odyssées, ni d'exploits. Juste une étudiante américaine, rien de plus."


La jeune femme se frotta le visage un instant, et Jan eut la gentillesse de demander si elle allait bien. Elle appréciait sa question, le fait qu'il tienne compte que peut-être, elle n'aille pas si bien.

" Je suis... disons confuse. Du mal à croire tout ce que vous me dites là, pour être franche. Hier encore, j'étais la citoyenne gamma, quelqu'un de classique, prête à se lancer dans une carrière professionnelle. Et nous voilà à supposer et chercher quels liens je pourrai avoir avec des êtres surpuissants qui n'existent même pas."


Elle ne lui reprochait rien, non. Mais il devait certainement comprendre que tout ceci était très difficile à digérer, sauf pour les personnes qui avaient besoin de se sentir exceptionnelles.



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MessageSujet: Re: les murmures de l'aube ♕ pv. JAN   Jeu 1 Aoû - 16:42

Thaïs &
Sansierge
___________ #4
Un bref instant, je restait abasourdi, ne comprenant pas pourquoi Thaïs me parlait de croyance et de religion. Je n'étais pas croyant moi-même, aussi, j'imaginais mal avoir le discours d'un croyant alors que je rejetais ceux à quoi il croyait. En matière de croyances, justement, je m'étais toujours mis en dehors de toute religion. Aucune ne m'avait jamais convaincu, et j'en étais venu à la conclusion que les religions n'étaient que des inventions humaines et non la vérité suprême que chacune affirmait dévoiler. Sinon, l'une ou plusieurs d'entre elles auraient eu raison, et il n'y aurait pas eu autant d'hypothèses différentes. En outre, j'avais du mal à croire en la métaphysique, quand la réponse nous apportait une réponse sur l'univers - peut-être était-ce elle, d'ailleurs, la religion absolue. Puis je compris que parler de mythologie avait induit Thaïs en erreur. Elle venait à peine d'arriver depuis la Terre, c'était sans doute un comportement parfaitement humain. Considérer les dieux anciens comme des mythes ou des religions anciennes était parfaitement logique pour un habitant des États-Unis qui n'aurait jamais l'occasion de les rencontrer, mais pour moi, c'était différent. Que je croie en eux ou non ne changeait rien : ils existaient, j'en avais même croisés quelques uns durant mon séjour ici. Thaïs ne se rendait pas compte de ce qu'elle disait. Mais lorsqu'elle aurait accepté l'idée que les dieux existaient, tout irait mieux pour elle.
Je lui laissai cependant le temps de récupérer un peu, plutôt que de lui répliquer à quel point elle se trompait. J'aurais tout le temps nécessaire pour lui faire comprendre que je ne plaisantais pas, puisqu'elle n'avait aucun moyen de quitter Néméïl de toute façon. Je n'avais pas envie de la brusquer, mais il valait mieux lui révéler les choses à l'avance plutôt que de risquer la voir faire une attaque la première fois qu'elle rencontrerait l'une de ces dieux ou une créature mythologique. C'était dans son intérêt à elle. J'avais du mal à ne pas lui répéter que je disais la vérité. Mais, comme elle me fit remarquer lorsqu'elle répondit à ma dernière question, elle était confuse et avait besoin de temps pour assimiler ces faits nouveaux. Je me radoucis donc, compatissant. Je ne savais pas comment cela s'était passé pour les dieux, créatures et demi-dieux ayant conscience de leur nature lorsqu'ils étaient arrivés ici. Je n'avais jamais osé interroger quiconque sur la façon dont ils étaient arrivés ici, et s'il s'agissait d'un mode de transport similaire à celui que j'avais emprunté. La grande différence entre nous était que j'avais été consentant. Ils avaient sans doute compris ce qui leur arrivait et avaient dû réagir avec des réactions divines - anciennes, donc. Mais la question des demi-dieux inconscients de leur nature était plus problématique. J'en avais entendu au camp, mais n'avait jamais eu de retour sur ce qu'ils ressentaient. Pour eux, le voyage avait dû être des plus déconcertants, car ils ne se rendaient pas compte de qui ils étaient. La vérité leur était tombée dessus d'un coup, et ça n'avait pas dû être agréable. C'était probablement ce que vivait Thaïs, et j'en fus sincèrement désolé pour elle. Elle ne méritait pas cet exil, à coup sûr. Nous autres humains pouvions être si cruels, quand nous nous y mettions.
« J'adorerais vous mentir, vous savez, dis-je pour la réconforter un peu. Non que j'aime mentir, bien sûr, mais ça me fait de la peine de vous voir dans cet état. »
J'avais vraiment envie de l'aider. Je me mis à maudire intérieurement mes semblables, dont j'avais toujours voulu me détacher.
« Je ne sais pas vraiment ce que vous ressentez, car je suis arrivé ici dans une situation très différente de la vôtre. (Je ne pris pas le temps de développer, car l'histoire était trop complexe pour le moment, et je n'avais pas envie qu'elle me trouve étrange parce que j'avais eu l'envie de venir ici.) Mais... je vois ce que vous voulez dire. Vous êtes projetée dans un monde différent de celui que vous connaissez, peuplé de personnes dont vous avez toujours douté de l'existence, avec un mec habillé en costume préhistorique qui vous parle de choses qui semblent absurdes comme si c'était son quotidien. Mais vous êtes forte. Vous ne m'avez pas traité de fou. »
Je ne savais pas si cela pouvait vraiment la réconforter, mais c'était tout ce que je pouvais lui offrir. Et puis, j'espérais que cette pointe d'humour l'aiderait à supporter tout cela.
Me levant, je m'éloignai de quelques pas en lui faisait signe de me suivre :
« Venez. Pour l'instant, vous êtes encore sous le choc de la nouveauté, mais lorsque vous aurez vraiment accepté l'idée que vous n'êtes plus sur Terre, le reste viendra plus facilement. On croisera peut-être quelques créatures mythologiques en cours de route, ça vous aidera à croire à l'incroyable. »
Mon sourire était doux, comme j'avais l'habitude d'en faire lorsque je me sentais bien parmi la nature. Mais pour une fois, je n'allais pas m'enthousiasmer parce que je trouvais que la nature était bien faite. J'allais aider Thaïs à s'intégrer parmi le monde qui était devenu le mien. Avant d'aller plus loin, je lui fis quand même un dernier conseil :
« Tant que vous y êtes, et si ça ne vous dérange pas, vous pourriez peut-être revenir sur votre passé... pour voir s'il y a quelque chose où vous êtes vraiment doués, ou si vous avez des talents particuliers que n'ont pas les humains... enfin, je veux dire, les autres, bien sûr. Il se peut très bien que vous ayez des pouvoirs ou des capacités particulières, sans qu'on soit déjà obligés de parler de parent divin ou de quelque chose comme ça. »
Je ne lui disais pas à quel point ces indications pouvaient nous être utiles. Cela ne m'aiderait pas forcément à trouver la mythologie de Thaïs, en particulier parce que je les connaissais mal, mais cela pouvait nous donner des indices sur qui était son père ou sa mère. J'aurais bien aimer l'interroger plus en détail sur ses parents pour savoir duquel des deux il s'agissait, mais ça aurait été indélicat de ma part. Je ne connaissais pas assez Thaïs et, en plus, cela risquait de lui faire du mal.
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les murmures de l'aube ♕ pv. JAN

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